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Huayna Potosi : l'ascension d'une vie


Parler montagnes à un bolivien, c’est comme parler Tour Eiffel à un français. La Bolivie va de paire avec l’altitude. En effet, nous pouvons y trouver 13 sommets au dessus de 6000m, la capitale la plus haute située à 3500m, la ville de plus de 100k habitants la plus haute à 4100m. La liste est longue… 


Nous nous devions donc de réaliser un défi sportif dans ce pays. L’objectif fut le suivant

: gravir le Huayna Potosi, 6088m au dessus du niveau de la mer. 

Situé à quelques dizaines de kilomètres de La Paz, il est un des sommets à plus de 6000m les plus accessibles au monde. En effet, une grande majorité de l’ascension se fait en trek. Un niveau confirmé en alpinisme n’est donc pas requis.


Voici le récit de notre ascension jusqu’au sommet:


Jour 0 : Remise de matériel et excitation


Nous réservons notre ascension dans l’agence Incas Land Tour.

Deux choix s’offrent à nous : gravir le Huayna Potosi en 2 ou 3 jours.

Bénéficiant d’un entraînement de 3 heures et de 24 heures d’acclimatation supplémentaire, nous n’hésitons pas et choisissons l’ascension en 3 jours.



Jour 1 : entraînement et giboulées 


À 10h , l’agence nous remet notre matériel.

Tout l’équipement est inclus : veste, pantalon, gants, chaussures, crampons, piolet, harnais ...

Nous prenons la route dans un mini van avec 4 guides et les 5 autres personnes qui constitueront notre groupe : une française, un japonais, un suédois, un autrichien et un argentin .

Après une heure de van et une première vue sur des paysages grandioses, nous arrivons au camp de base à 4700m sous quelques flocons de neige.

Nous croisons 3 grimpeurs excités partant pour leur deuxième jour d’ascension.

Pour notre part, après le repas et l’attente d’une accalmie, nous partons tous ensemble faire un petit trek et tester notre matériel. Les chutes de neige rendent la visibilité difficile. Nous finissons après 45min de marche par arriver à un glacier. Nous nous équipons : harnais,piolet et crampons. Les guides, très sympas, nous expliquent comment bien utiliser les crampons. On finit sur une partie plus technique : un mur de glace. Après plusieurs essais, nous finissons par comprendre le fonctionnement des piolets et arrivons en haut du mur. Nous sommes uniquement 3 sur 7 à y arriver : c’est de bonne augure pour le lendemain.

Retour au camp de base avec un temps plus clément. Cela nous permet d’apprécier l’environnement. La vue sur les montagnes, la Vallée et le glacier sont à couper le souffle. 

Ce soir c’est repos, nous mangeons tous ensemble. L’équipe complète se couche à 20h30 : nous devons reprendre des forces pour les deux prochains jours.




Jour 2 : attente et premières gouttes de sueur 


Après une fraîche, bonne et longue nuit, nous nous sentons en pleine forme. Matinée calme et reposante : petit déjeuner copieux, photos aux alentours et préparation du sac. Contenant tous les équipements ainsi qu’un sac de couchage , il pèse 14kilos.

Nous voyons revenir l’équipe que nous avions croisé la veille. Sur 14 personnes , 6 ont abandonné et 8 sont arrivés au sommet. Un américain nous met en garde : Faites attention aux crevasses et ayez confiance en vos crampons ! Le message est passé.


Après le repas sonne le départ pour le refuge à 5200m. Il est 12h00. Nous avons avec nous tout notre équipement et marchons pendant environ 2h. Le groupe semble sportif.

Habitués à marcher rapidement, nous prenons la tête du peloton. Une discussion s’engage avec notre guide,Théo , qui affirme avoir dépassé depuis peu les mille ascensions du Huayna Potosi. Il en fait son métier depuis maintenant 15 ans. L’altitude se fait légèrement ressentir mais le rythme n’est pas soutenu. C’est pourquoi nous arrivons très en forme au refuge vers 13h45. Les guident nous servent des popcorns et un énième mate coca pour lutter contre le mal d’altitude. 


17h, le dîner est servi. Contrairement à ce que pouvaient dire les articles sur internet, notre appétit n’est pas en reste. Il nous faut des forces pour le lendemain.

Nous allons nous coucher le ventre plein.

30 minutes plus tard toute l’équipe est dans son sac de couchage. En effet , le réveil est à minuit ... L’ascension se fait de nuit afin d’arriver au sommet pour le lever du soleil. Plus tard dans la matinée la descente serait trop dangereuse à cause de la fonte de la neige.




Jour 3 : la cima o la muerte


Réveil minuit, comme prévu. Thomas a eu un gros mal de tête cette nuit. Verdict : 1h de sommeil entre 18h et minuit.  

Mais l’excitation est telle que nous ne sommes pas fatigués : prêts à en découdre!

Il ne fait pas chaud, la neige tombe abondamment. Après quelques biscuits et 3 tasses de matés coca, nous quittons le camp de base.

10min après le depart, nous chaussons les crampons. Théo attache la corde qui nous liera tous les 3 jusqu’au sommet. Théo est en tête , suivi par Thomas. Étienne ferme la marche de cette cordée de 3. Les autres groupes sont aussi encordées par 3. Le rythme lent nous permet de ne pas trop nous épuiser. L’ensemble des groupes suivent le rythme. Nous faisons une pause toutes les 45min. Les guides nous disent que les 4 groupes de 3 resteront ensemble jusqu’à 200 m du sommet. À partir de là, chacun ira à son rythme.

Après un passage tres difficile dû à l’inclinaison extrême de la pente, nous faisons une pause essentielle à 5600m.

Pour la première fois depuis le départ, notre pouls est monté très haut.

Ce passage à 5600m marque la première grosse difficulté de l’ascension : un quart des personnes abandonnent ici.

Dorénavant, la température baisse fortement minute après minute. Après avoir traversés une vallée, nous voici sur une crête. Nous commençons à souffrir et à puiser de l’énergie. La forme physique est un peu binaire : des passages en pleine forme, d’autres avec des douleurs à la tête pour Étienne. Il va falloir tenir.

Nous nous retournons et voyons La Paz illuminée de mille feux. C’est un spectacle magique. Le maté sucré de Théo réchauffe. Tout le groupe suit pour le moment. Cependant, l’argentin semble montrer quelques signes de fatigue.


Nous arrivons à 5850m et s’annonce alors la fameuse partie où les abandons se font les plus nombreux. Nous voilà à quatre pattes, sur une pente à 45 degrés. Il ne faut plus réfléchir, avancer et tout donner. Cette portion nous semble interminable. Les autres groupes prennent un autre chemin déjà tracé. Notre guide Théo veut nous faire passer par la partie la plus raide. On parle ici d’escalade de pente.

Après plusieurs minutes , nous arrivons en tête de cette pente avec l’autrichien. Les cordées derrière semblent suivre quelques dizaines de mètres plus bas. 

Même s’il n’est pas très stable, nous retrouvons un chemin un peu plus plat.

Nous avons tout donné. Pour le coup, c’est vraiment la dernière ligne droite. Nous apercevons dorénavant le sommet.



Nous y sommes!! Il est 5h54. Nous posons pied sur la cime après 5h d’ascension à la frontale. Premier reflex, remercier notre guide, qui a été formidable tout le long de l’ascension.

Nous faisons un tour sur nous même et réalisons alors ce que nous venons d’accomplir. Nous sommes à 6088m en haut du Huayna Potosi, entourés de montagnes, et au dessus des nuages. C’est un sentiment que nous n’avions jamais connu, c’est indescriptible.

Il fait pratiquement nuit noir. Nous regardons à l’horizon le soleil se lever seconde après seconde. Pendant ce temps , le reste du groupe arrive petit à petit. Sonia, puis Mario et Gustavo suivis de Per et Kohei. Avec un taux moyen de réussite aux alentours de 60%, les cinq guides nous félicitent . La fierté règne. 

Notre montée rapide nous permet de rester 20min au sommet. Nous en prenons pleins les yeux au fur et à mesure du lever du soleil. Après quelques photos mais surtout des images gravées en tête, nous entamons la descente. La température monte , il ne faut pas tarder. Les guides nous ont prévenu : la descente est aussi difficile que la montée . Il faut être plus vigilant car nous sommes fatigués. Nous essayons de nous concentrer, et d’éviter les pièges.

Nous faisons une pause après une portion de descente difficile. À ce moment l’adrenaline redescend, l’émotion a été énorme. Nous découvrons les sommets autour de nous ainsi que la beauté de la neige immaculée. Le soleil nous réchauffe . C’est très impressionnant car nous découvrons enfin les paysages montés quelques heures plus tôt. Nous étions passés très prêt de crevasses !

Theo nous fait accélérer afin d’éviter de marcher dans la neige fondue et de provoquer une avalanche.

Nous finissons, après 2h d’usante mais spectaculaire descente, par arriver au deuxième camp de base. 1h de pause, le mal de tête réapparaît de nouveau. C’est normal selon Théo. Il ne faut surtout pas dormir, cela serait trop néfaste pour notre cerveau. Nous refaisons notre sac avec l’ensemble des équipements et reprenons la route. Encore 1h de descente jusqu’au premier camp de base où nous attendra le minibus. 


C’est à l’intérieur de ce minibus, à chaud, que nous rédigeons ces quelques lignes pour décrire cette expérience magique que nous venons de vivre...

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